Le mythe de la croissance

     La croissance est une réalité mais aussi un mythe, une mystification…Réalité indéniable à Long Terme elle est également destructrice (de l’environnement mais aussi du sens même de la vie) aliénante. Toute mesure de la croissance à court terme et à moyen terme est une absurdité : non seulement parce que les instruments de mesure sont imparfaits mais que ces mesures incluent en outre les effets externes négatifs ainsi que les activités destinées à y remédier.

     Côté Pile. La croissance se manifeste par une vaste accumulation de marchandises dont le but n’est pas de satisfaire les besoins (voir la notion de filière inversée) mais de servir de moyen à l’accumulation du capital par les profits qu’elle permet de générer et qui en sont le moteur. Pour la production de ces profits, l’ensemble de la bourgeoisie (commerciale, industrielle, financière) est solidaire. Par contre le problème se pose de savoir quelle part les différentes fractions de la bourgeoisie peuvent revendiquer et obtenir : cette opposition entre les différentes fractions est aujourd’hui à l’avantage du capital financier qui en outre s’avère capable d’imposer ses règles en matière de rentabilité parce qu’il est le fer de lance de la mondialisation.

     Côté face. La croissance amplifie l’exploitation, la frustration, l’aliénation dans tous les domaines de la vie de la majorité des populations où domine la bourgeoisie. Dans la production pour les ouvriers et employés toujours davantage sommés d’augmenter leur productivité et leur rentabilité ; des salariés par ailleurs mis en concurrence d’autant plus importante que le chômage sévit (la fameuse « armée industrielle de réserve » qui pèse sur les salaires et les emplois). L’aliénation dans la consommation dont les limites, comme celles de la production et de façon parallèle sont sans cesse repoussées. La « société de consommation » substitue en effet à la « société de l’être, « une société de l’avoir » laquelle au demeurant redouble les inégalités et les frustrations dont peuvent rendre compte le processus de diffusion différencié bien traduit par le cycle de vie des produits. Mais fondamentalement, la société de consommation inverse la logique (qui pourtant demeure au fondement de l’économie politique libérale), le rapport entre les biens et les besoins : les biens (qui sont plus des marchandises que des biens au demeurant) sont inventés et produits puis on en suscite le besoins auprès des consommateurs, non seulement par la publicité mais également par le processus de diffusion inégalitaire et progressif. Pourtant l’économie politique met en scène une séquence différente selon laquelle les besoins ressentis se traduiraient par une production correspondante. Cette inversion JK Galbraith en a rendu compte par le concept de « filière inversée ». En fin de compte c’est notre imaginaire qui est (pré) fabriqué au nom d’un progressisme de façade.

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